C’est quoi un « digital learning manager » ?

digital learningDans cet article, Antoine Amiel, fondateur de LearnAssembly et de La French Touch de l’éducation (la conférence des innovateurs de l’éducation qui aura lieu le 17 et 18 décembre) présente les dernières tendances du secteur edtech et s’attaque aujourd’hui au métier naissant de digital learning manager. C’est quoi un « digital learning manager » et quelles sont ses compétences ? Où retrouve-t-on les digital learning managers aujourd’hui ? – Laurent Brouat

La transformation digitale des entreprises et des universités n’a pas seulement un impact sur les modèles pédagogiques et économiques : elle se traduit également par la naissance de nouveaux métiers, propres à cette transformation numérique. Un poste en particulier émerge ces derniers mois : celui de digital learning manager.

Le digital learning manager ?

Qu’est-ce qu’un digital learning manager ? Un chef de projet ? Un formateur ? Un ingénieur pédagogique ? Un consultant ? Le mot digital learning manager revient de plus en plus souvent dans les conversations, dans les fiches de poste et indique une tendance de fonds. Pour en savoir plus, jetons un œil à la fiche de poste créée par l’université du Michigan : «  vous travaillerez dans un environnement start-up, pour développer, gérer et lancer de nouvelles initiatives pédagogiques digitales en collaboration avec l’université mondialement reconnue du Michigan ».

1 – l’utilisation du mot initiatives laisse le champ plutôt ouvert. Le poste sera donc touche-à-tout, capable de travailler sur plusieurs projets, de manière transversale.

2 – l’usage du mot start-up : on pourrait le traduire par «  travaillez librement, de manière agile , mais aussi dans l’urgence et parfois sans budget ».

3 – le terme «  en collaboration » indique bien que le digital learning manager n’est pas un assistant pédagogique du professeur mais bien un coordinateur. La dimension hiérarchique est évacuée, ce qui montre un changement de culture intéressant dans la vision de la hiérarchie universitaire.

Autre exemple, une fiche de poste de digital learning manager en entreprise : celle-ci indique entre autres : «  vous serez comme un consultant interne, en charge d’explorer de nouvelles modalités pédagogiques digitales« . Et plus loin :  » une expérience en community management sera appréciée » et  » Vous travaillerez dans un environnement transversal, sans hiérarchie : de fortes qualités relationnelles sont essentielles ».

1 – la dimension exploratoire du poste est clairement mentionnée, voire même revendiquée. Le digital learning manager est à la fois un chef de projet ultra-opérationnel et un responsable de la veille, de la prospective.

2 – la mention du community management dans une fiche de poste consacrée à la formation professionnelle a de quoi étonner. Elle révèle la volonté de créer une communauté, de fédérer autour du digital, de dépasser les silos internes.

Transformation numérique et formation

Un nombre croissant d’entreprises est confronté à la « transformation digitale », terme qui désigne aussi bien l’émergence de nouveaux business modèles et usages des consommateurs (enjeux externes) que les pratiques managériales des entreprises (enjeux internes). Dans le contexte actuel de crise et de conduite du changement, de nombreux dirigeants d’entreprise souhaitent développer la culture digitale de leur société, via la formation et l’innovation. L’impulsion peut aussi venir d’un ambassadeur du digital qui tente de sensibiliser son entreprise au sujet.

Pour Marie Descat, Digital Learning Manager chez Danone, « le digital est parfois perçu comme quelque chose d’obscur pour les dirigeants, difficile à appréhender mais avec un avantage certain sur lequel il faut absolument utiliser et capitaliser ». « Acculturer » les salariés au numérique afin d’innover et de mieux collaborer est donc un objectif stratégique.

Le digital learning manager en entreprise

Le digital learning manager est un chef de projet dont la mission est d’inventer des modes de formation innovants, tirant parti des nouvelles technologies, pour développer la culture numérique des collaborateurs. Il peut être rattaché au département des ressources humaines mais dispose, selon le degré de maturité numérique de son entreprise, d’une autonomie parfois assez conséquente.

Souvent en charges de programmes de formation innovants internationaux, il explore en permanence les nouvelles modalités pédagogiques (Mooc, vidéo, reverse mentoring, présentiel, barcamp, hackathons) en fonction de son public cible. En veille active, il confronte les besoins de son entreprise aux possibilités offertes par l’explosion des formats et s’appuie souvent sur des partenaires extérieurs. L’ouverture sur d’autres acteurs, dans une démarche d’open innovation, est d’ailleurs nécessaire pour amener de la fraicheur au sein de l’entreprise.

Cette vision de la formation se construit souvent en opposition à l’e-learning traditionnel «  à la papa ». Elle recherche l’agilité et surtout pense en termes d’expérience utilisateur et d’acquis. Un programme de formation doit se traduire sur le plan opérationnel, voire business. Le développement de la culture numérique est par ailleurs autant un sujet de formation que d’information : c’est pourquoi le digital learning manager travaille souvent avec la direction de la communication ou la direction du digital, cette dernière étant d’ailleurs souvent à l’initiative de programmes de formation spécifiques sur le digital.

Le digital learning manager dans l’enseignement supérieur

Dans l’enseignement supérieur, les enjeux sont différents. La transformation digitale concerne la pédagogie, et par extension les modes de financement. Elle permet de tester des modalités pédagogiques, en général des Moocs. Le digital learning manager est donc un chef de projet en charge des projets de formation numériques. Contrairement à l’entreprise, le digital learning manager a pour mission de former par le numérique, et non pas de former aunumérique. Souvent « geek », le digital learning manager coordonne les professeurs, les cadreurs vidéos, les designers, les prestataires. Il intervient dans les différentes phases de conception pédagogique, puis de mise en ligne et d’animation. Il doit maitriser les back office des LMS (Learning Management Systèmes) utilisés, voire même savoir coder pour choisir les bonnes plateformes et outils. L’enjeu pour lui est donc de déployer la stratégie de pédagogique numérique de son université-école. Au contraire du directeur du digital qui est plus orienté vers le marketing et notamment le développement de campagnes de communication online pour toucher et recruter les étudiants, le digital learning manager ne s’occupe que de pédagogie et de projets innovants.

L’enjeu générationnel est évident pour ce nouveau métier : les digital learning managers ont souvent des profils atypiques, sont jeunes, ont une bonne culture web et un intérêt évident pour la pédagogie, sans être forcément formateur pour autant. Ils sont impliqués dans l’ingénierie pédagogique mais vont chercher à mettre en place plus qu’à créer de A à Z. De nombreuses écoles se dotent par ailleurs de Directeur du Digital, un poste transverse moins connecté aux enjeux pédagogiques.

Ce nouveau métier est, on le voit, à la croisée de nombreux métiers et compétences. Il dépend clairement d’une forte volonté de la part des dirigeants d’évoluer vers le numérique et de s’entourer de nouveaux profils.